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Pourquoi le prix du carburant change

Le litre à la pompe ne dépend pas du pompiste. Il dépend d'un marché mondial libellé en dollars, du taux de change du franc congolais, des milliers de kilomètres qui séparent le port de ta ville, et de décisions de l'État.

13-18 ans

Pourquoi le prix du carburant change

Le prix affiché est un empilement

Quand tu paies un litre d'essence, tu ne paies pas un seul produit. Tu paies une chaîne : un liquide extrait quelque part, transformé ailleurs, transporté, taxé, puis versé dans un réservoir.

Chaque maillon a son prix. Si un seul bouge, l'affichage change.

Maillon 1 : le pétrole brut, vendu en dollars

Le pétrole se vend sur des marchés internationaux, en barils — une vieille unité de tonneau, environ 159 litres — et en dollars américains, partout dans le monde.

Son prix monte quand la demande dépasse l'offre, et descend quand c'est l'inverse. Ce qui fait bouger l'un ou l'autre :

  • une guerre ou une tension sur une route maritime,
  • une décision des pays producteurs réunis au sein de l'OPEP d'extraire plus ou moins,
  • un ralentissement de l'économie mondiale, qui fait rouler moins de camions,
  • une saison froide dans l'hémisphère nord, qui fait consommer plus.

Maillon 2 : le raffinage

Le pétrole brut ne se met pas dans un moteur. Il faut le séparer en produits : essence, gasoil, pétrole lampant, bitume. Cela se fait dans une raffinerie, une usine lourde et coûteuse.

La RDC extrait un peu de pétrole brut au large de Muanda, sur sa courte façade atlantique, mais les carburants consommés dans le pays sont importés déjà raffinés. Le pays achète donc au prix du produit fini, pas au prix du brut.

Maillon 3 : arriver jusqu'à toi

Un carburant débarqué à Matadi n'est pas encore à Bukavu.

Il faut le remonter par la route, le fleuve, parfois l'avion. Dans un pays aussi vaste que l'Europe de l'Ouest et dont les routes sont inégales, ce transport pèse lourd — et il ne pèse pas le même poids partout.

C'est pourquoi le prix à la pompe n'est pas le même dans tout le pays : l'État fixe des zones tarifaires différentes selon l'éloignement.

Maillon 4 : le taux de change

Voilà le maillon qu'on oublie, et c'est souvent le plus brutal.

Le carburant s'achète en dollars. Il se vend en francs congolais. Si le franc perd de la valeur face au dollar, il faut davantage de francs pour acheter exactement la même quantité — même si le prix mondial n'a pas bougé d'un centime.

Une hausse à la pompe ne signifie donc pas toujours que le pétrole a augmenté. Elle peut signifier que la monnaie s'est affaiblie.

Maillon 5 : l'État

Sur chaque litre s'ajoutent des taxes et des redevances, qui financent le budget public, et notamment l'entretien des routes.

En RDC, le prix n'est pas laissé au libre jeu du marché : il est encadré par une structure des prix officielle, révisée de temps en temps. Quand l'État maintient un prix plus bas que ce que la chaîne coûte réellement, l'écart doit être comblé — et c'est alors un sujet de négociation permanent entre l'État et les importateurs.

Pourquoi ça te concerne même sans voiture

Parce que presque tout ce que tu consommes a roulé.

  • Le transport en commun ajuste ses tarifs.
  • Le manioc, le riz, le poisson arrivent au marché par camion ou par pirogue à moteur.
  • Beaucoup de commerces, d'ateliers et d'hôpitaux tournent au groupe électrogène.

Une hausse du carburant se transmet donc au prix du repas, avec quelques semaines de retard.

Ce qu'il faut retenir

Trois questions à se poser devant une hausse : le prix mondial a-t-il bougé ? la monnaie a-t-elle bougé ? l'État a-t-il changé la structure des prix ? Les trois réponses ne sont pas la même chose, et les confondre empêche de comprendre.

Le savais-tu ?

  • Un baril vaut environ 159 litres : c'est une ancienne mesure de tonneau, devenue l'unité du commerce mondial du pétrole.
  • Le prix à la pompe n'est pas identique dans tout le pays : la RDC est divisée en zones tarifaires, parce qu'un litre arrivé à Matadi n'a pas parcouru la même distance qu'un litre vendu dans l'est.
  • Une hausse du carburant peut survenir alors que le pétrole n'a pas augmenté : il suffit que le franc congolais ait perdu de la valeur face au dollar.

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