🎨 Arts et culture

Masques et sculptures : des objets qui ne sont pas de la décoration

Un masque kuba ou pende n'a pas été fait pour être accroché à un mur. Il avait une fonction, un moment, un porteur — et c'est en l'oubliant qu'on le comprend de travers.

8-12 ans

Masques et sculptures : des objets qui ne sont pas de la décoration

Un masque n'est complet que porté

Dans les musées, un masque est posé derrière une vitre, immobile, éclairé, silencieux.

Ce n'est pas ainsi qu'il existait. Un masque se portait avec un costume complet, dans une danse, avec des tambours, à un moment précis du calendrier ou de la vie du village, et devant une communauté qui savait ce qu'elle regardait.

Le masque seul est donc un fragment. C'est comme conserver la couverture d'un livre en ayant perdu le texte.

À quoi ils servaient

Selon les sociétés et les objets :

  • marquer l'entrée des jeunes dans l'âge adulte ;
  • incarner un ancêtre ou un esprit le temps d'une cérémonie ;
  • rendre la justice, ou rappeler une règle sociale ;
  • accompagner des funérailles ;
  • faire rire et critiquer, car certains masques sont satiriques et moquent les puissants.

Celui qui porte le masque n'est plus tout à fait lui-même pendant la cérémonie : c'est le principe même de l'objet.

Une richesse d'atelier

Les sociétés d'Afrique centrale ont produit des styles très différents, reconnaissables :

  • les Kuba, célèbres pour leurs masques richement ornés de perles et de cauris, et pour leurs statues royales, les ndop, où chaque roi se reconnaît à un emblème sculpté sur le socle ;
  • les Luba, dont les appuis-tête et les sièges sculptés comptent parmi les chefs-d'œuvre de la sculpture africaine ;
  • les Pende, dont les masques couvrent un registre très large, du sacré au comique ;
  • les Songye, aux figures puissantes et géométriques ;
  • les Lega, aux formes épurées, presque abstraites.

Les matériaux sont le bois, mais aussi les perles, les cauris, les fibres, les métaux, les pigments.

Ce que l'Europe en a fait

Au début du vingtième siècle, des artistes européens découvrent ces objets dans les musées et les collections. Picasso, Matisse, Braque et d'autres en sont profondément marqués.

La simplification des formes, la liberté avec les proportions, le traitement géométrique des visages : l'art moderne européen doit beaucoup à ce choc. Le cubisme en est une conséquence directe.

Cette influence a longtemps été mentionnée du bout des lèvres, comme une curiosité. Elle est massive et documentée. Et l'ironie est double : on parlait d'« art primitif » pour désigner des objets qui allaient transformer l'art le plus savant d'Europe.

La question de la restitution

Une grande partie des œuvres d'Afrique centrale conservées dans les musées européens y est arrivée pendant la période coloniale : butin militaire, collecte forcée, achat dans un rapport de force très inégal.

Depuis quelques années, des restitutions ont lieu et des accords de coopération se mettent en place entre institutions européennes et africaines. Le débat porte sur ce qu'on rend, à qui, et dans quelles conditions de conservation.

Il pose aussi une question pour la RDC : pour accueillir ces œuvres, il faut des musées équipés, des conservateurs formés, des restaurateurs. Ce sont des métiers — et ils s'apprennent.

Regarder autrement

La prochaine fois que tu vois un masque en photo, pose-toi trois questions : qui le portait ? à quel moment ? devant qui ? Sans ces réponses, on ne voit qu'une forme.

Le savais-tu ?

  • Un masque n'était jamais exposé seul : il allait avec un costume complet, une danse, des tambours et une assemblée qui savait le lire.
  • Les statues royales kuba, les ndop, identifient chaque roi par un emblème sculpté sur le socle.
  • Le cubisme européen doit beaucoup au choc provoqué par la découverte des sculptures africaines au début du vingtième siècle.

Teste ce que tu viens de lire

Chaque réponse est expliquée, juste ou fausse. C’est là qu’on apprend le plus.

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