Filles et garçons : ce que dit le droit, ce que fait la société
Le droit congolais pose l'égalité entre les femmes et les hommes. Les écarts qui subsistent dans la scolarité et l'emploi ne viennent donc pas de la loi, mais de ce qui l'entoure.
13-18 ans
Ce que disent les textes
La Constitution de la République démocratique du Congo consacre l'égalité entre les hommes et les femmes et prévoit la parité comme objectif. Le pays a ratifié les grands traités internationaux en la matière.
Le Code de la famille a été réformé en 2016. Cette réforme a notamment supprimé l'obligation pour l'épouse d'obtenir l'autorisation maritale pour accomplir certains actes juridiques — une disposition qui limitait auparavant la capacité des femmes mariées à agir seules.
Autrement dit : l'inégalité n'a plus de fondement légal général. Ce qui subsiste se joue ailleurs.
Où se joue la différence, alors
Dans l'école. Les données internationales, dont celles de l'UNESCO et de la Banque mondiale, montrent qu'en Afrique subsaharienne les filles quittent l'école plus tôt que les garçons, et que l'écart se creuse au secondaire.
Les causes sont concrètes et cumulatives :
- les travaux domestiques, qui réduisent le temps d'étude ;
- le mariage précoce et les grossesses en cours de scolarité ;
- l'absence de toilettes correctes et séparées, qui pose un problème réel pendant les règles ;
- l'arbitrage familial quand il faut choisir qui l'on scolarise, faute de moyens ;
- les violences et le harcèlement sur le trajet ou dans l'établissement.
Aucune de ces causes n'est une question de capacités.
Dans les orientations. Les filles sont orientées, ou s'orientent, moins souvent vers les sciences, la technique et l'informatique. Cela ne tient pas aux résultats scolaires : cela tient à ce qu'on leur dit possible, aux exemples qu'elles voient, et à ce qu'on attend d'elles.
Dans l'emploi. Les femmes sont surreprésentées dans les activités informelles, moins protégées, et sous-représentées aux postes de direction.
Les arguments qu'on entend, et ce qu'ils valent
« Les garçons sont meilleurs en mathématiques. » Les évaluations internationales ne montrent pas de différence de capacité ; là où un écart de résultats apparaît, il varie énormément d'un pays à l'autre — ce qui est la signature d'un effet social, pas d'un effet naturel.
« La fille se mariera, l'investissement est perdu. » Outre ce que cela dit d'une personne, c'est faux économiquement : la scolarisation des filles est l'une des politiques dont le rendement est le mieux établi, pour la santé des enfants, les revenus du foyer et la croissance.
« C'est la coutume. » Une coutume est une pratique, pas une loi de la nature. Les coutumes changent, et elles ont toujours changé.
Ce qui fonctionne
Les mesures qui ont fait leurs preuves ne sont pas idéologiques, elles sont pratiques :
- des toilettes séparées et propres dans les écoles ;
- la gratuité effective du primaire et l'allègement des frais annexes ;
- le maintien à l'école des élèves enceintes et leur retour après l'accouchement ;
- des modèles visibles : enseignantes en sciences, ingénieures, médecins, entrepreneures qui viennent parler dans les classes ;
- la lutte contre le harcèlement et contre les abus commis par des adultes en milieu scolaire, avec des sanctions réelles.
Ce que chacun peut faire
Ne pas rire d'une camarade qui veut devenir ingénieure. Ne pas relayer une rumeur sur une fille. Partager les tâches à la maison. Signaler un harcèlement.
Ce sont de petites choses, et ce sont exactement celles qui composent le climat dans lequel quelqu'un décide, ou non, de continuer.
Le savais-tu ?
- La réforme du Code de la famille de 2016 a supprimé l'obligation d'autorisation maritale qui limitait la capacité juridique des femmes mariées en RDC.
- Les évaluations internationales ne montrent pas de différence de capacité entre filles et garçons en mathématiques ; les écarts observés varient fortement d'un pays à l'autre.
- Des toilettes séparées et propres dans les écoles font partie des mesures les plus efficaces pour maintenir les filles en classe.
À lire ensuite
Qu’est-ce qu’un État
Un territoire, une population, un pouvoir qui s'exerce sur les deux : voilà les trois pièces d'un État. Le reste — drapeau, hymne, frontières — en découle.
13-18 ans
Les trois pouvoirs : pourquoi on les sépare
Faire la loi, l'appliquer, juger ceux qui la violent : trois tâches confiées à trois autorités différentes. Ce n'est pas une complication inutile, c'est une protection.
13-18 ans
La Constitution et la loi : qui décide des règles
Toutes les règles n'ont pas la même force. Elles forment une pyramide, et la Constitution est au sommet : aucune autre règle ne peut la contredire.
13-18 ans
Voter : à quoi ça sert vraiment
Voter, c'est choisir qui décidera à ta place pendant plusieurs années. Une élection ne se juge pas seulement au résultat : elle se juge à la manière dont elle s'est déroulée.
13-18 ans
La justice : comment se passe un procès
Aller en justice, c'est demander à un tiers impartial de trancher au lieu de se faire justice soi-même. Toute la difficulté tient dans ce mot : impartial.
13-18 ans
L’état civil : exister pour l’administration
Sans acte de naissance, on existe pour sa famille mais pas pour l'État. Et sans exister pour l'État, on ne passe pas d'examen, on ne vote pas, on n'hérite pas.
13-18 ans