L’école en RDC : d’où elle vient, où elle en est
L'école congolaise a été construite par les missions, reprise par l'État, puis largement portée à bout de bras par les parents. Comprendre cette histoire aide à comprendre ses difficultés actuelles.
13-18 ans
Une école née des missions
Pendant la période coloniale, l'enseignement a été confié pour l'essentiel aux missions religieuses, avec un financement et un encadrement de l'administration.
Cette école a formé beaucoup de monde au niveau primaire — le taux de scolarisation primaire était comparativement élevé dans la région — mais elle avait une limite décisive : elle ne préparait presque personne aux études supérieures.
L'université n'est arrivée que tardivement dans la colonie. C'est la raison directe du manque criant de cadres au moment de l'indépendance en 1960 : on avait formé des auxiliaires, pas des ingénieurs, des médecins ni des administrateurs.
Cet héritage se voit encore : les réseaux d'enseignement conventionnés, gérés par les Églises avec l'État, scolarisent une part très importante des élèves congolais.
Après l'indépendance
L'État a massivement étendu le réseau scolaire et créé des universités. Les effectifs ont fortement augmenté.
Puis les crises économiques des décennies suivantes ont dégradé la situation : salaires des enseignants irréguliers ou impayés, bâtiments non entretenus, manuels absents.
C'est alors qu'est apparue une pratique durable : la prise en charge par les parents. Faute de paiement régulier de l'État, les familles versaient directement une contribution aux enseignants — les « frais » — pour que l'école continue de fonctionner.
Cela a permis au système de ne pas s'effondrer. Cela a aussi rendu l'école payante en pratique, et exclu les familles les plus pauvres.
La gratuité du primaire
À partir de 2019, la gratuité de l'enseignement primaire public a été mise en œuvre. Les effets ont été immédiats : un afflux très important de nouveaux élèves, en particulier d'enfants qui n'étaient pas scolarisés.
Cet afflux a mis en lumière ce qui manquait déjà : salles de classe, enseignants formés, manuels, tables, latrines. Une politique juste rencontre toujours la réalité des moyens.
Les institutions internationales suivent de près cette réforme et son financement.
Les difficultés actuelles
- Des effectifs très chargés dans certaines classes.
- Des enseignants insuffisamment formés, payés irrégulièrement, parfois non répertoriés.
- Un manque de manuels et de matériel, surtout en sciences.
- Des bâtiments en mauvais état, et l'absence de latrines correctes — ce qui pèse particulièrement sur la scolarité des filles.
- L'abandon scolaire, qui augmente au secondaire, et davantage pour les filles.
- Les conflits armés, qui ferment des écoles et déplacent des élèves.
- La langue d'enseignement, qui reste un chantier.
Ce qui marche
Les mesures dont l'efficacité est la mieux établie ne sont pas spectaculaires :
- payer les enseignants régulièrement et les former ;
- fournir des manuels en nombre suffisant ;
- construire des latrines séparées et propres ;
- des cantines ou des collations, qui améliorent nettement l'assiduité et l'attention ;
- l'apprentissage initial dans une langue comprise par l'élève ;
- des évaluations régulières, pour savoir ce que les élèves savent vraiment.
Ce que cela signifie pour toi
Deux choses.
D'abord, que ton école a une histoire, et que ses difficultés ne viennent ni du hasard ni d'un manque de sérieux des gens qui y travaillent.
Ensuite, qu'il existe tout un secteur de métiers autour de l'éducation : enseignant, inspecteur, conseiller pédagogique, planificateur de l'éducation, spécialiste de l'évaluation, concepteur de manuels, conseiller d'orientation.
Un système éducatif ne s'améliore pas par des discours. Il s'améliore par des gens qui en font leur métier.
Le savais-tu ?
- L'enseignement colonial formait beaucoup d'élèves au primaire mais presque personne aux études supérieures : c'est la cause directe du manque de cadres en 1960.
- Pendant des décennies, ce sont les contributions des parents qui ont maintenu l'école en fonctionnement.
- La mise en œuvre de la gratuité du primaire public à partir de 2019 a provoqué un afflux immédiat d'élèves non scolarisés jusque-là.
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