Les espèces changent au cours du temps, mais comment ? Lamarck, Darwin, de Vries et la théorie synthétique ont donné des réponses différentes. À l'Exetat, on te donne une explication (souvent celle du cou de la girafe) et tu dois reconnaître son auteur, ou classer une preuve de l'évolution, ou juger un critère de l'espèce.
L'essentiel
- Fixisme : les espèces ont été créées telles qu'elles sont et ne changent pas (défendu par Cuvier). Le transformisme, au contraire, affirme que les espèces se transforment.
- Lamarckisme (Jean-Baptiste de Lamarck, Philosophie zoologique, 1809) : le milieu crée des besoins ; un organe qui sert beaucoup se développe, un organe qui ne sert pas s'atrophie (usage et non-usage) ; et ces caractères acquis pendant la vie se transmettent aux descendants. Exemple : la girafe aurait allongé son cou à force de l'étirer. Objection principale : les caractères acquis (un muscle développé, une cicatrice) ne se transmettent pas.
- Darwinisme (Charles Darwin, L'Origine des espèces, 1859) : les individus d'une espèce présentent des variations ; inspiré par Malthus (une population croît plus vite que ses ressources), Darwin parle de lutte pour l'existence ; les mieux adaptés survivent et ont plus de descendants : c'est la sélection naturelle. Le milieu ne modifie pas l'individu, il trie des individus déjà différents. Faiblesse à son époque : il n'expliquait ni l'origine des variations ni leur transmission.
- Mutationnisme (Hugo de Vries, qui étudiait l'onagre, Oenothera) : une nouvelle espèce apparaît brusquement, par une mutation importante et héréditaire, sans lente sélection.
- Théorie synthétique ou néodarwinisme : synthèse de Darwin et de la génétique. Les variations viennent de mutations aléatoires (et du brassage génétique), puis la sélection naturelle les trie.
- Les preuves de l'évolution. Paléontologiques : les fossiles et les formes de passage (Archéoptéryx, dont un premier squelette a été trouvé en 1861 en Bavière, en Allemagne). Anatomiques : les organes homologues, construits sur le même plan (bras de l'homme, aile de chauve-souris, nageoire du dauphin : humérus, radius, cubitus, os de la main). Embryologiques : l'embryon humain présente au début des ébauches de fentes branchiales (les arcs pharyngiens), comme un embryon de poisson. Biochimiques : même code génétique chez tous les êtres vivants, séquence du cytochrome c d'autant plus semblable que les espèces sont proches. Biogéographiques : animaux propres à certaines régions (l'ornithorynque en Australie).
- Notion d'espèce. Critère d'interfécondité (ou physiologique) : deux individus sont de la même espèce s'ils peuvent se croiser et donner des descendants féconds. Le mulet (âne × jument) est stérile : âne et cheval sont deux espèces. Limites : ce critère ne s'applique ni aux fossiles ni aux êtres sans reproduction sexuée, et certaines espèces voisines (des canards) donnent des hybrides fertiles. Le critère morphologique (ressemblance) est faible : chihuahua et saint-bernard, ou paon et paonne, sont d'une même espèce. Le critère chromosomique aussi : deux espèces différentes peuvent avoir le même nombre de chromosomes.
La méthode
- 1Cherche le mot clé : effort, besoin, usage, caractère acquis transmis → Lamarck ; variations au hasard, survie des mieux adaptés, plus de descendants → Darwin ; apparition brusque d'une espèce → de Vries ; mutations aléatoires triées par la sélection → théorie synthétique ; espèces immuables → fixisme.
- 2Pour une preuve de l'évolution, regarde ce qu'on compare : des fossiles (paléontologie), des organes d'adultes actuels (anatomie), des embryons (embryologie), des molécules (biochimie), des répartitions géographiques (biogéographie).
- 3Pour un critère de l'espèce, demande-toi lequel l'exemple met en défaut : des individus très différents mais interféconds → le critère morphologique échoue ; des espèces différentes qui donnent des hybrides fertiles → le critère d'interfécondité échoue.
Un exemple résolu
Dans une forêt, des papillons naissent avec des ailes plus ou moins sombres. Ceux dont la couleur se confond avec l'écorce sont moins mangés par les oiseaux et laissent plus de descendants. Cette explication correspond à : 1) le transformisme de Lamarck 2) le mutationnisme de de Vries 3) le fixisme 4) la loi de population de Malthus 5) la sélection naturelle de Darwin.
- 1.Les papillons naissent déjà différents : la variation existe avant toute action du milieu. Ce n'est pas un effort ni un besoin : ce n'est pas Lamarck.
- 2.Aucune espèce nouvelle n'apparaît d'un coup : ce n'est pas de Vries. Et la population change : ce n'est pas le fixisme.
- 3.Les oiseaux trient les papillons : les mieux camouflés survivent et ont plus de descendants. Malthus a seulement fourni l'idée de départ (trop d'individus pour les ressources).
- 4.Un tri par le milieu de variations déjà présentes, c'est la sélection naturelle.
Réponse : 5) la sélection naturelle de Darwin.
Les pièges à éviter
- Attribuer la girafe qui étire son cou à Darwin parce qu'il est le plus connu : l'effort et la transmission du caractère acquis, c'est Lamarck.
- Confondre « le milieu modifie l'individu » (Lamarck) et « le milieu trie les individus » (Darwin).
- Attribuer la sélection naturelle à Malthus : il a fourni le constat sur les populations, Darwin en a tiré la sélection.
- Classer les organes homologues en paléontologie : on compare des animaux actuels, c'est un argument anatomique.
- Croire que le mulet est une espèce : il est stérile, ce qui prouve justement que l'âne et le cheval sont deux espèces.
À retenir
Lamarck : usage des organes et hérédité des caractères acquis ; Darwin : variations et sélection naturelle ; de Vries : mutations brusques ; théorie synthétique : mutations aléatoires triées par la sélection ; espèce : descendance féconde.