C'est la notion la plus fréquente en philosophie à l'Exetat : on te donne une œuvre, une formule célèbre, une école ou un détail de vie, et tu dois retrouver le penseur ou le courant (ou l'inverse). Il ne s'agit pas de tout savoir : il suffit d'associer chaque grand nom à quelques repères sûrs, que voici, de la Grèce antique au XXᵉ siècle.
L'essentiel
- Les sophistes et Socrate (Athènes, Vᵉ siècle avant notre ère). Les sophistes étaient des maîtres itinérants, payés, qui enseignaient l'art de persuader sans souci de la vérité ; l'un d'eux, Protagoras, disait « l'homme est la mesure de toutes choses ». Socrate les combattit. Les premiers philosophes grecs cherchaient le principe de la nature (l'eau, l'air, le feu) ; Socrate place l'homme, sa conduite et la connaissance de soi au centre : c'est la « révolution socratique ». Il prend pour devise « Connais-toi toi-même », inscrite au temple d'Apollon à Delphes, et dit « Je sais que je ne sais rien ». Sa mission : convertir moralement ses concitoyens, les pousser à prendre soin de leur âme.
- La méthode et la morale de Socrate. L'ironie : feindre l'ignorance et questionner pour montrer à l'autre que son savoir est faux. La maïeutique (art de l'accouchement, métier de sa mère Phénarète, sage-femme) : par des questions, faire découvrir à l'interlocuteur la vérité qu'il porte en lui. L'intellectualisme moral : « nul n'est méchant volontairement », celui qui connaît vraiment le bien le fait ; le mal vient de l'ignorance, et le bonheur vient de la vertu fondée sur la connaissance du bien. Critique classique : il néglige la volonté et les passions ; le poète latin Ovide fait dire à un personnage « Je vois le meilleur et je l'approuve, mais je fais le pire ». Socrate n'a rien écrit (on le connaît surtout par les dialogues de Platon) ; accusé d'impiété et de corrompre la jeunesse, il est condamné à boire la ciguë en 399 avant notre ère.
- Platon et Aristote. Platon, disciple de Socrate et maître d'Aristote, fonde vers 387 avant notre ère l'Académie (dans les jardins d'Akadémos, à Athènes). Il écrit La République (allégorie de la caverne) et le Phédon (dernières heures de Socrate, immortalité de l'âme). Théorie de la réminiscence : apprendre, c'est se ressouvenir de ce que l'âme a contemplé dans le monde des Idées avant d'être unie au corps. Aristote, né à Stagire, élève de Platon pendant vingt ans, précepteur d'Alexandre le Grand, fonde le Lycée ; ses disciples, qui discutaient en se promenant, sont les péripatéticiens. Il est le père de la logique formelle et du syllogisme (traités réunis sous le nom d'Organon). Sa Métaphysique s'ouvre sur « Tous les hommes désirent naturellement savoir ».
- Les autres écoles antiques. L'école d'Élée : Parménide et Zénon d'Élée (paradoxe d'Achille et de la tortue). L'épicurisme : Épicure réunit ses disciples dans son « Jardin » à Athènes ; le souverain bien est le plaisir, compris comme absence de douleur dans le corps (l'aponie) et absence de trouble dans l'âme (l'ataraxie) ; l'âme, faite d'atomes comme le corps, meurt avec lui. Le stoïcisme, fondé par Zénon de Citium (à ne pas confondre avec Zénon d'Élée) sous le Portique (stoa) d'Athènes, enseigne de vivre conformément à la nature et à la raison.
- Descartes (1596-1650), le père du rationalisme moderne. Élève des jésuites au collège de La Flèche, déçu par la scolastique, il publie le Discours de la méthode (1637) et les Méditations métaphysiques (1641). Il veut fonder une science certaine et commence par le doute méthodique : rejeter tout ce dont on peut douter. Dans les Méditations, l'hypothèse du « malin génie », un être puissant qui le tromperait en tout, pousse le doute jusqu'aux vérités mathématiques. La première vérité qui résiste : « Je pense, donc je suis » (le cogito). Critère du vrai : l'évidence des idées claires et distinctes. Quatre règles de la méthode, dans l'ordre : évidence, analyse (diviser chaque difficulté en autant de parcelles qu'il se pourrait), synthèse (conduire par ordre ses pensées, du plus simple au plus composé), dénombrement (tout revoir pour ne rien omettre). Pascal (1623-1662), dans les Pensées : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point ».
- Des Lumières au XIXᵉ siècle. L'empirisme (John Locke, David Hume) : toute connaissance vient de l'expérience sensible. Kant, Critique de la raison pure (1781) : nous ne connaissons que les phénomènes, les choses telles qu'elles nous apparaissent, et non les choses en soi. Auguste Comte fonde le positivisme : seuls les faits observés fondent le savoir ; sa loi des trois états dit que l'esprit humain passe par l'état théologique, puis métaphysique, puis positif (scientifique). Karl Marx, matérialisme historique : ce sont les conditions économiques de la production qui déterminent l'évolution des sociétés ; « ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c'est leur existence sociale qui détermine leur conscience ». Henri Bergson (1859-1941) oppose l'intelligence, faite pour manipuler la matière, à l'intuition, qui saisit la vie et la durée de l'intérieur ; L'Évolution créatrice (1907) explique la vie par un « élan vital ».
- L'existentialisme. Son père est le Danois Søren Kierkegaard (XIXᵉ siècle), croyant, penseur de l'angoisse et du choix personnel devant Dieu. Jean-Paul Sartre (1905-1980), existentialisme athée : « l'existence précède l'essence », l'homme existe d'abord et se définit ensuite par ses actes (« l'homme n'est rien d'autre que ce qu'il se fait »). S'il y avait un Dieu créateur, il aurait conçu l'homme d'après une idée, une essence fixée d'avance, et l'homme ne serait pas libre : il n'y a donc pas de nature humaine. Œuvres : L'Être et le Néant (1943), L'existentialisme est un humanisme, la pièce Huis clos (« L'enfer, c'est les autres »). L'en-soi est l'être des choses, plein, sans conscience, qui est ce qu'il est ; le pour-soi est l'être humain, conscient et libre. L'homme est « condamné à être libre » : il doit toujours choisir et en répondre. La mauvaise foi consiste à se mentir à soi-même pour fuir sa liberté (« c'est mon caractère, je n'avais pas le choix »). Le regard d'autrui me fige en objet. Il refuse le prix Nobel de littérature en 1964.
- Gabriel Marcel et le personnalisme. Gabriel Marcel (1889-1973), converti au catholicisme en 1929, est le principal représentant de l'existentialisme chrétien : Journal métaphysique, Être et avoir (1935), des pièces de théâtre. Le problème se pose devant moi et se résout de l'extérieur ; le mystère est une réalité où je suis moi-même engagé (l'amour, la fidélité, la mort, Dieu). Il oppose l'être de la personne à l'avoir des possessions ; il dit en un sens « je suis mon corps » (l'incarnation) ; le « monde cassé » est le monde moderne où l'homme est réduit à ses fonctions (employé, contribuable, électeur) ; Dieu est le « Toi absolu » avec qui la personne entre en relation ; l'homme vit trois relations : avec son existence, avec autrui, avec Dieu. Emmanuel Mounier fonde le personnalisme et la revue Esprit (1932) : la personne est un être digne, ouvert aux autres et aux valeurs, engagé dans la communauté.
Les formules
- « Connais-toi toi-même »
- Socrate (devise inscrite au temple de Delphes)
- « Nul n'est méchant volontairement »
- Socrate, intellectualisme moral
- « L'homme est la mesure de toutes choses »
- Protagoras, sophiste
- « Je pense, donc je suis »
- Descartes, Discours de la méthode (1637)
- « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point »
- Pascal, Pensées
- « L'existence précède l'essence »
- Sartre, existentialisme athée
- « L'enfer, c'est les autres »
- Sartre, Huis clos
- Repères chronologiques
- Socrate (mort en 399 av.) → Platon → Aristote → Épicure → Descartes (né en 1596) → Pascal → Kant → Comte → Marx → Bergson → Marcel → Sartre
- Kierkegaard (XIXᵉ siècle) précède Marcel et Sartre.
La méthode
- 1Repère l'indice principal de l'énoncé : une œuvre, une formule, une école, un lieu ou un détail de vie (ciguë, sage-femme, Stagire, La Flèche, prix Nobel refusé).
- 2Rattache-le au penseur grâce aux repères de cette fiche. Par exemple : Académie = Platon ; Lycée, Organon = Aristote ; Jardin, ataraxie = Épicure ; doute, cogito = Descartes ; trois états = Comte ; élan vital = Bergson.
- 3Situe le courant : rationalisme (Descartes), empirisme (Locke, Hume), positivisme (Comte), matérialisme historique (Marx), existentialisme athée (Sartre) ou chrétien (Kierkegaard, Marcel), personnalisme (Mounier).
- 4Pour une question « FAUSSE » ou « n'appartient PAS », vérifie chaque proposition une par une avec tes repères : la seule qui ne colle pas est la réponse (par exemple « Être et avoir est de Sartre » est faux, c'est de Marcel).
- 5Pour une question d'ordre (règles, états, dates), récite la liste dans l'ordre appris avant de lire les propositions : évidence, analyse, synthèse, dénombrement ; théologique, métaphysique, positif.
Un exemple résolu
Dans le Discours de la méthode (1637), Descartes propose quatre règles pour bien conduire sa raison. Leur ordre est : A. analyse, évidence, synthèse, dénombrement ; B. évidence, analyse, synthèse, dénombrement ; C. doute, cogito, évidence, analyse ; D. évidence, synthèse, analyse, dénombrement ; E. dénombrement, analyse, synthèse, évidence.
- 1.Première règle : ne recevoir pour vrai que ce qui est évident, clair et distinct. C'est la règle de l'évidence ; elle vient en premier, ce qui élimine A et E.
- 2.Deuxième règle : diviser chaque difficulté en autant de parcelles qu'il se pourrait. Diviser, c'est analyser : la règle de l'analyse. D, qui place la synthèse avant l'analyse, est éliminée.
- 3.Troisième règle : conduire par ordre ses pensées, en commençant par les objets les plus simples pour monter peu à peu aux plus composés. Recomposer, c'est la synthèse.
- 4.Quatrième règle : faire des revues si générales qu'on soit assuré de ne rien omettre : le dénombrement.
- 5.C mélange les règles avec les étapes du doute (doute méthodique, puis cogito), qui ne sont pas des règles de la méthode : éliminée.
Réponse : B. évidence, analyse, synthèse, dénombrement
Les pièges à éviter
- Confondre Sartre et Marcel. Tous deux sont existentialistes français, mais Sartre est athée (L'Être et le Néant, Huis clos) et Marcel chrétien (Être et avoir, mystère, Toi absolu).
- Inverser l'en-soi et le pour-soi chez Sartre : l'en-soi est la chose, sans conscience ; le pour-soi est l'homme, conscient et libre.
- Confondre Académie (Platon) et Lycée (Aristote), ou Zénon d'Élée (paradoxe d'Achille) et Zénon de Citium (stoïcisme).
- Attribuer à Socrate des écrits : il n'a rien écrit, c'est Platon qui le fait parler dans ses dialogues (Phédon, République…).
- Classer Auguste Comte parmi les existentialistes : il est le fondateur du positivisme. Les existentialistes à connaître sont Kierkegaard, Sartre et Marcel.
À retenir
Socrate : connais-toi toi-même, ironie, maïeutique, nul n'est méchant volontairement ; Descartes : doute méthodique, je pense donc je suis, évidence ; Comte : trois états ; Bergson : élan vital ; Sartre : l'existence précède l'essence ; Marcel : problème et mystère.