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Vérité et méthode philosophique

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Le mot « vrai » n'a pas le même sens dans « une pensée vraie », « un témoin vrai » et « un vrai diamant ». Savoir distinguer ces sortes de vérité, séparer l'erreur du mensonge, et reconnaître la méthode réflexive propre à la philosophie : voilà ce que l'Exetat vérifie dans cette notion.

L'essentiel

  • Définition classique de la vérité, héritée d'Aristote et des penseurs du Moyen Âge : une pensée est vraie quand elle est conforme, adéquate à la réalité. On dit « adéquation de l'intelligence et de la chose ». Je pense « il pleut » et il pleut vraiment : ma pensée est vraie.
  • Vérité logique (ou vérité de la connaissance) : conformité de la pensée avec la chose connue. Son contraire est l'erreur. Un élève qui pense que l'eau bout à 100 °C au niveau de la mer a une pensée logiquement vraie.
  • Vérité morale (ou véracité, sincérité) : conformité de la parole avec la pensée. Son contraire est le mensonge. Mentir, c'est dire le contraire de ce qu'on pense ; se tromper, c'est penser ce qui n'est pas. On peut donc être sincère et se tromper : on a la vérité morale sans la vérité logique.
  • Vérité ontologique (onto- : l'être) : conformité d'une chose avec son idée-type, avec ce qu'elle doit être. « Un vrai diamant » (et non du verre), « de l'or vrai », « un vrai ami ». Ici on ne juge pas une phrase, on juge la chose elle-même.
  • Vérité formelle (ou mathématique) : accord de la pensée avec elle-même. Un théorème est vrai s'il découle sans contradiction des axiomes et des définitions posés au départ. Il n'a pas besoin d'être observé dans la nature.
  • Autres critères de vérité, à ne pas confondre avec la définition classique : l'utilité (le pragmatisme : est vrai ce qui réussit), le consensus (l'accord de la majorité des esprits), l'autorité (la tradition, une révélation religieuse), l'évidence (chez Descartes, une idée claire et distincte).
  • La méthode propre à la philosophie est la méthode réflexive. Réfléchir (du latin reflectere, se replier, revenir en arrière) : la pensée revient sur elle-même pour examiner ses idées, ses certitudes et leurs fondements. Les sciences de la nature utilisent la méthode expérimentale, les sciences sociales la statistique, les mathématiques la démonstration (par exemple la récurrence).
  • La démarche philosophique se reconnaît à trois gestes : s'étonner, douter de ce qui paraît évident, chercher des raisons. Elle examine les opinions reçues au lieu de les accepter parce qu'elles sont anciennes ou répandues, comme Socrate qui questionnait ses concitoyens. Elle remonte aux causes premières (principes ultimes), là où les sciences s'arrêtent aux causes prochaines d'un phénomène précis.

La méthode

  1. 1Repère ce qui est déclaré « vrai » dans l'énoncé : une pensée, une parole ou une chose.
  2. 2Une pensée conforme à la réalité : vérité logique. Une parole conforme à la pensée : vérité morale (véracité). Une chose conforme à son idée-type : vérité ontologique. Un énoncé cohérent avec des axiomes : vérité formelle.
  3. 3Pour un témoin ou une personne qui parle, fais deux tests séparés. Test 1 : dit-il ce qu'il pense ? (oui = véracité, non = mensonge). Test 2 : ce qu'il pense correspond-il aux faits ? (oui = vérité logique, non = erreur).
  4. 4Pour une question de méthode, associe la méthode à sa discipline : réflexive = philosophie ; expérimentale = physique, biologie ; statistique = sciences sociales ; démonstration, récurrence = mathématiques ; révélation = religion.
  5. 5Écarte les réponses qui acceptent sans examiner (tradition, majorité, autorité) ou qui imposent sans justifier : elles contredisent l'esprit critique de la philosophie.

Un exemple résolu

Un témoin affirme avec sincérité avoir vu un accident, mais il s'est trompé de voiture. On peut dire que : A. il a menti, puisque ce qu'il affirme ne correspond pas aux faits ; B. il manque de vérité morale, mais possède la vérité logique ; C. il possède à la fois la vérité logique et la vérité morale ; D. il ne possède ni la vérité logique ni la vérité morale ; E. il a la véracité (vérité morale), pas la vérité logique.

  1. 1.Test 1, parole et pensée : il parle « avec sincérité », il dit exactement ce qu'il pense. Sa parole est conforme à sa pensée : il possède la véracité, la vérité morale.
  2. 2.Test 2, pensée et réalité : il s'est trompé de voiture, ce qu'il pense ne correspond pas à ce qui s'est passé. Il n'a pas la vérité logique.
  3. 3.Conséquence : il ne ment pas (mentir, c'est dire le contraire de ce qu'on pense). Il commet une erreur. On élimine A, B, C et D.
  4. 4.Il reste la proposition qui combine les deux tests : vérité morale oui, vérité logique non.

Réponse : E. il a la véracité (vérité morale), pas la vérité logique

Les pièges à éviter

  • Confondre erreur et mensonge. L'erreur est un défaut de vérité logique (la pensée ne colle pas au réel) ; le mensonge est un défaut de vérité morale (la parole ne colle pas à la pensée).
  • Prendre « un vrai diamant » ou « un vrai ami » pour de la vérité logique. On juge la chose, pas une pensée : c'est la vérité ontologique.
  • Choisir « partagée par la majorité » ou « utile » pour la définition classique de la vérité. Ce sont le consensus et le pragmatisme ; la définition classique est l'adéquation à la réalité.
  • Attribuer à la philosophie la méthode expérimentale ou l'observation. Sa méthode propre est la réflexion : la pensée qui revient sur elle-même.
  • Lire « causes premières » comme « les causes découvertes en premier » ou « les plus récentes ». Ce sont les principes ultimes, au-delà desquels on ne peut plus remonter.

À retenir

Vérité logique = la pensée conforme à la chose (contraire : l'erreur) ; vérité morale = la parole conforme à la pensée (contraire : le mensonge) ; vérité ontologique = la chose conforme à son idée-type ; et la méthode propre de la philosophie est la réflexion.