Exetat · Culture générale

Méthode historique et sources

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L'historien travaille comme un enquêteur : il rassemble des traces du passé (les sources), vérifie qu'elles sont fiables (la critique), puis explique les faits. À l'Exetat, on te demande surtout de classer une source, de nommer la bonne critique et de reconnaître une science auxiliaire.

L'essentiel

  • L'histoire est l'étude du passé des sociétés humaines à partir de documents et de traces soumis à la critique. Ce n'est ni la répétition de légendes, ni l'étude des fossiles (paléontologie), ni la description des paysages (géographie).
  • On classe une source d'après sa nature, pas d'après son contenu. Écrite : tout texte (lois, lettres, journaux, registres, traités). Orale : ce qui est transmis par la parole (récits des anciens, chants, généalogies récitées par un griot), même si on l'a noté plus tard. Archéologique : ce qu'on trouve en fouillant (outils, poteries, ossements, tombes). Monumentale : une construction encore debout (pyramides de Gizeh, Grand Zimbabwe, mausolée de Lumumba).
  • Parmi les sources écrites : les archives sont les documents produits par une administration ou une institution dans son travail (registres, rapports, procès-verbaux, lettres reçues) puis conservés ; les sources littéraires ou narratives sont écrites pour raconter (chroniques, mémoires, récits de voyage). Un document officiel émane d'une autorité publique (loi, acte d'état civil, jugement) ; un document privé émane d'un particulier ou d'une entreprise (lettres de commerçants, journal intime).
  • La critique externe examine le document comme objet. Authenticité : est-ce un faux ? (papier, encre, écriture, sceau, mots de l'époque). Provenance : qui l'a écrit, où, quand, par quelles mains est-il passé ? Restitution : retrouver le texte original quand des copies l'ont abîmé. En critique des textes, comparer les copies s'appelle la recensio, corriger les fautes s'appelle l'emendatio.
  • La critique interne examine le contenu, dans cet ordre. Interprétation : que veut dire l'auteur, avec le sens des mots de son époque ? Sincérité : a-t-il voulu dire vrai, ou avait-il intérêt à mentir (flatter son roi, embellir son rôle) ? Exactitude ou compétence : même honnête, pouvait-il savoir (était-il présent, bien placé, informé) ?
  • Les fautes de copistes : accidentelle (une ligne sautée sans s'en rendre compte), de jugement (un mot incompris remplacé par un autre, sans vouloir tromper), interpolation (un passage inventé ajouté au texte), volontaire ou frauduleuse (modification faite exprès pour tromper).
  • Les sciences auxiliaires se devinent par leur racine. Archéologie : vestiges matériels par fouilles. Paléographie : lire et dater les écritures anciennes (manuscrits, parchemins). Épigraphie : inscriptions gravées sur pierre, métal, os. Numismatique : monnaies et médailles. Sigillographie : sceaux. Héraldique : armoiries, blasons. Généalogie : filiation des familles. Onomastique : noms propres (toponymie pour les lieux, anthroponymie pour les personnes). Dendrochronologie : datation par les cernes du bois. Cryptographie : écritures codées. Ethnologie : coutumes et modes de vie des peuples. Iconographie : images. Glottochronologie : âge de la séparation des langues. Stratigraphie : couches du sol. Papyrologie : papyrus. Psychologie : comportements, émotions et motivations des individus. Spéléologie : grottes et cavernes.
  • Le temps de l'historien : l'ère chrétienne part de la naissance de Jésus-Christ et n'a pas d'année zéro (on passe de l'an 1 avant J.-C. à l'an 1 après J.-C.). Une époque est une période marquée par un événement, un régime ou un personnage (l'époque coloniale). Un anachronisme place un objet ou un fait dans une époque qui n'est pas la sienne. Pour raisonner, l'historien relie causes et conséquences (causalité), compare avec un cas voisin semblable (analogie), ou tire une conclusion de ce que toutes les sources taisent (argument du silence) ; il doit éviter la partialité, qui consiste à ne garder que les témoignages favorables à un camp.

Les formules

Siècle d'une année
siècle = partie entière de (année − 1)/100, plus 1
1900 est dans le XIXe siècle ; 1901 ouvre le XXe ; le XXIe siècle a commencé le 1er janvier 2001, faute d'année zéro.

La méthode

  1. 1Pour classer une source, demande-toi de quoi elle est faite : un texte, une parole transmise, un objet sorti du sol ou une construction debout. Ignore le sujet dont elle parle.
  2. 2Pour nommer une critique, cherche d'abord si la question porte sur le document (vrai ou faux, origine, texte exact : critique externe) ou sur ce qu'il raconte (sens, mensonge, erreur : critique interne).
  3. 3Puis choisis le mot précis : faux = authenticité ; qui, où, quand = provenance ; copies à corriger = restitution ; sens des mots = interprétation ; mensonge volontaire = sincérité ; témoin mal placé ou mal informé = exactitude ou compétence.
  4. 4Pour une science auxiliaire, repère l'objet étudié (monnaie, sceau, blason, inscription, bois, nom propre) et décompose le mot : numism = monnaie, sigillo = sceau, épi-graphie = écrit sur matière dure, paléo-graphie = écriture ancienne, dendro = arbre, onoma = nom, crypto = caché.
  5. 5Élimine les propositions voisines une par une en te demandant pourquoi elles ne collent pas (par exemple : sincère mais mal placé n'est pas un problème de sincérité).

Un exemple résolu

Un missionnaire installé à Luanda en 1650 décrit en détail une cérémonie à la cour du roi du Kongo, à São Salvador, où il ne s'est jamais rendu. Rien n'indique qu'il ait voulu tromper. En mettant en doute la valeur de son récit, l'historien pratique la critique : 1. d'authenticité ; 2. de provenance ; 3. de sincérité ; 4. de compétence ; 5. de restitution.

  1. 1.Le doute porte-t-il sur le document ou sur son contenu ? Personne ne dit que la lettre est fausse ni qu'on ignore son auteur : le document est bien établi. Le doute porte sur ce qu'il raconte : c'est la critique interne.
  2. 2.On élimine donc les critiques externes : authenticité (1), provenance (2) et restitution (5).
  3. 3.Reste sincérité ou compétence. L'énoncé précise que rien n'indique une volonté de tromper : la sincérité n'est pas en cause.
  4. 4.Le problème est que l'auteur n'a pas vu ce qu'il décrit : il n'était pas en mesure de connaître les faits. C'est la critique de compétence (ou d'exactitude).

Réponse : 4. La critique de compétence : l'auteur, honnête, n'était pas témoin direct.

Les pièges à éviter

  • Confondre authenticité et sincérité : un document authentique peut mentir, et un faux peut dire des choses vraies. L'authenticité juge l'objet, la sincérité juge l'intention de l'auteur.
  • Confondre sincérité et compétence : sincérité = a-t-il voulu dire vrai ? compétence = a-t-il pu savoir vrai ? Un témoin peut être honnête et mal informé.
  • Classer une source d'après son sujet : le compte rendu écrit d'une réunion est une source écrite, pas orale ; un récit de griot reste une source orale même publié dans un livre ; une construction célèbre est monumentale, un squelette fouillé est archéologique.
  • Confondre épigraphie (inscriptions gravées sur matière dure) et paléographie (écritures anciennes à l'encre), ou numismatique (monnaies) et sigillographie (sceaux).
  • Croire que le XXIe siècle a commencé en 2000 : sans année zéro, il commence le 1er janvier 2001.

À retenir

Externe = le document (authenticité, provenance, restitution) ; interne = le contenu (interprétation, sincérité, compétence).