Le subjonctif latin exprime ce qui n'est pas simplement constaté : un ordre, un souhait, un but, une hypothèse, l'avis d'un autre. Dans les subordonnées, c'est le mode (indicatif ou subjonctif) qui donne souvent le sens du mot introducteur (cum, ut, quod, si). C'est l'un des chapitres les plus interrogés de l'Exetat.
L'essentiel
- Subjonctif dans une proposition indépendante. Exhortation, à la 1re personne du pluriel : amemus patriam, gaudeamus (aimons, réjouissons-nous). Ordre à la 3e personne : discant pueri (que les enfants apprennent). Défense : ne + subjonctif parfait (ne feceris : ne fais pas). Souhait : sit tibi terra levis (que la terre te soit légère), utinam (si seulement). Potentiel : dicat aliquis (quelqu'un pourrait dire). Délibération : quid faciam ? (que dois-je faire ?).
- Ut a plusieurs sens. Ut + subjonctif : but (« legatos misit ut pacem peterent » = pour demander la paix ; négatif : ne) ; conséquence, souvent annoncée par tam, ita, sic, tantus (« tam fortis erat ut omnes eum timerent » ; négatif : ut non) ; complétive après oro, rogo, impero, hortor (« te oro ut mihi scribas » = je te prie de m'écrire). Ut + indicatif : comme, ou lorsque (« Ut sementem feceris, ita metes » = comparative).
- Cum a plusieurs sens. Cum + indicatif : temps (quand, chaque fois que). Cum + subjonctif imparfait ou plus-que-parfait dans un récit : cum historique ou narratif (« Cum Caesar in Galliam venisset » = lorsque César fut arrivé). Cum + subjonctif : cause (« Quae cum ita sint » = puisqu'il en est ainsi) ; concession, souvent avec tamen dans la principale (« Cum dives sit, tamen felix non est » = bien qu'il soit riche).
- Quod, quia, quoniam = parce que. Avec l'indicatif, la cause est donnée comme vraie par celui qui écrit (« Laudo te quod verum dixisti »). Avec le subjonctif, c'est la cause selon quelqu'un d'autre (« Socrates accusatus est quod iuventutem corrumperet » = sous prétexte qu'il corrompait la jeunesse).
- Le système conditionnel (si, nisi). Indicatif = réel (« Si vales, bene est »). Subjonctif présent ou parfait = potentiel (« Si hoc dixeris, erres » = si tu disais cela, tu te tromperais). Subjonctif imparfait = irréel du présent (« Si Romae essem, te viderem »). Subjonctif plus-que-parfait = irréel du passé (« Si tacuisses, philosophus mansisses »).
- Autres subordonnées au subjonctif. Interrogative indirecte : « Nescio quis sis », « Nescio quid faciam ». Crainte : timeo ne + subjonctif = je crains que (« Timeo ne pluat »). Relative au subjonctif : conséquence (« Nemo est qui hoc nesciat »), cause (« quippe qui nihil sciat »). Comparative hypothétique : quasi, tamquam + subjonctif (comme si). Concession : quamquam, tametsi + indicatif ; quamvis, licet, cum + subjonctif. Attraction modale : une subordonnée qui dépend d'un subjonctif peut passer elle-même au subjonctif.
- Concordance des temps : le temps du subjonctif dépend du temps du verbe principal. Principale au présent ou au futur : subjonctif présent (même moment ou après) ou parfait (avant). Principale à un temps du passé : subjonctif imparfait (même moment ou après) ou plus-que-parfait (avant).
Les formules
- Concordance, principale au présent ou au futur
- simultanéité ou postériorité : subjonctif présent ; antériorité : subjonctif parfait
- Nescio quid facias, quid feceris
- Concordance, principale au passé
- simultanéité ou postériorité : subjonctif imparfait ; antériorité : subjonctif plus-que-parfait
- Nesciebam quid faceres, quid fecisses
- Système conditionnel
- indicatif : réel ; subj. présent ou parfait : potentiel ; subj. imparfait : irréel du présent ; subj. plus-que-parfait : irréel du passé
- même mode et même temps dans les deux propositions, le plus souvent
La méthode
- 1Repère le mot introducteur (ut, ne, cum, quod, si, quasi, qui, quis…) et le mode du verbe de la subordonnée.
- 2Si le subjonctif est dans une indépendante, demande-toi ce que veut celui qui parle : exhorter (1re pl.), ordonner (3e pers.), souhaiter, supposer (potentiel), hésiter (question).
- 3Pour ut + subjonctif : cherche un mot d'intensité dans la principale (tam, ita, sic, tantus) = conséquence ; sinon, un verbe de demande avant (oro, impero) = complétive ; sinon = but.
- 4Pour cum + subjonctif : récit au passé = historique (lorsque) ; tamen dans la principale = concession (bien que) ; sinon, une explication = cause (puisque).
- 5Pour si : lis le mode et le temps des deux verbes et applique le tableau (réel, potentiel, irréel du présent, irréel du passé).
- 6Pour le rapport de temps : compare le temps du subjonctif à celui du verbe principal avec la concordance (imparfait après passé = simultanéité dans le passé ; plus-que-parfait après passé = antériorité dans le passé).
Un exemple résolu
« Mater tam caute filium sepelivit ut maritus nihil sentiret. » Quelle est la nature de la subordonnée, et quel est le rapport de temps avec la principale ?
- 1.Principale : mater tam caute filium sepelivit (la mère enterra son fils si prudemment). Le verbe sepelivit est au parfait : temps du passé.
- 2.Subordonnée : ut maritus nihil sentiret, avec sentiret au subjonctif imparfait.
- 3.Le mot tam (si, tellement) dans la principale annonce une conséquence : ut + subjonctif est donc consécutif.
- 4.Concordance : principale au passé + subjonctif imparfait = simultanéité dans le passé (le mari ne s'aperçoit de rien au moment de l'enterrement).
- 5.Traduction : la mère enterra son fils si prudemment que son mari ne s'aperçut de rien.
Réponse : Subordonnée consécutive (annoncée par tam), en rapport de simultanéité dans le passé (subjonctif imparfait après un parfait).
Les pièges à éviter
- Traduire tout ut par « pour que » : avec tam, ita, sic, c'est « si bien que » (conséquence) ; avec l'indicatif, c'est « comme ».
- Traduire cum + subjonctif toujours par « quand » : il peut vouloir dire « puisque » (cause) ou « bien que » (concession, tamen dans la principale).
- Confondre irréel du présent et irréel du passé : subjonctif imparfait (essem) = maintenant, « si j'étais » ; subjonctif plus-que-parfait (fuissem) = autrefois, « si j'avais été ».
- Traduire timeo ne par « je crains que… ne… pas » : « Timeo ne pluat » = je crains qu'il ne pleuve, c'est-à-dire qu'il pleuve. Pour « je crains qu'il ne pleuve pas », le latin dit timeo ut ou timeo ne non.
- Oublier qu'une question au subjonctif après nescio, quaero, considera est une interrogative indirecte, pas un but.
À retenir
Le mode donne le sens : cum, ut, quod, si changent de valeur selon l'indicatif ou le subjonctif ; et le temps du subjonctif suit celui de la principale.